Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels

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Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels
Contrebandes des produits "passed by Dubaï" et extensions de la culture des pavots afghans.
Généralisation italo-turque de blanchiment.
Femmes du Caucase, des Balkans et du pourtour méditerranéen vers l'Italie du sud et les côtes du Levant espagnol, de la Jonquera à Malaga, pour la prostitution.
Alain Tarrius et Olivier Bernet

 

Environ soixante mille migrants Afghans passent annuellement par les ports turcs et géorgiens de la Mer Noire : là ils se chargent de produits électroniques du Sud-Est asiatique transitant par Dubaï et Koweït City. Totalement détaxés ils sont livrés en Bulgarie, c'est-à-dire dans la Communauté Européenne, à 40% de leur prix de vente européen. Environ six milliards de dollars de marchandises franchissent ainsi cette frontière. Ces « transmigrants » afghans retournent ensuite chez eux.
Les régulations des échanges bancaires liées à la Crise interdisent désormais à ces migrants, auxiliaires des stratégies commerciales du « poor to poor », « l’entre pauvres » des grandes firmes, (contournement des règles de l’OMC et détaxe des produits devenus ainsi, en entrée de gamme, accessibles au plus grand nombre), de bénéficier de lignes internationales de crédit que des banques émirates leur consentaient. Alors des réseaux criminels suppléent à cette « moralisation » des circulations de capitaux en offrant des sommes équivalentes d’argent à blanchir et, en contrepartie, exigent des Afghans qu’ils cultivent, pendant leurs migrations, le pavot à opium en Turquie et en Géorgie.
En somme des dizaines de milliers d’Afghans se trouvent contraints de participer aux activités de réseaux criminels et y associent de fait des grandes firmes de l’électronique asiatique. Ces nouvelles accointances, étendues aux populations balkaniques, fournissent une main d’oeuvre afghane et albanaise aux entreprises sud italiennes pratiquant le blanchiment du même argent sale. Ce phénomène est accompagné d’un regain des migrations féminines contraintes pour la prostitution à partir des Balkans, du Caucase et du pourtour méditerranéen vers les « clubs » du Levant espagnol, via Naples, Bari, Brindisi. De la Junquera à Malaga, la ‘passe’ se négocie désormais avec une dose de cocaïne. La Junquera lieu d’entrée privilégié associe aux revenus de ces activités quelques notables de part et d’autre de la frontière et surtout de Perpignan à Barcelone.

Un nouvel ordre criminel se déploie, associant les « pieuvres » locales dans une toile mondiale, proche du modèle Internet, alors que les États peinent à définir leur place dans cette insaisissable mondialisation.

Du même auteur :

Auteur
Alain Tarrius
Date de parution
dimanche 27 juin 2010 00:00
Nombre de pages
162